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De Necoclí à Capurgana

·Jour 94·

Nous voilà sur les routes depuis plus de trois mois maintenant.

Nous arrivons presque à mi-parcourt !

C’est dingue comme on perd la notion du temps et de l’espace en voyageant. J’ai l’impression d’être partie depuis des mois et des mois. Paris me semble loin, mon chez moi me semble à des années lumières de mes auberges de jeunesse, qui sont désormais mes nouvelles petites maisons.

Nous voyageons depuis dix jours avec Alex et Laurie, deux françaises de l’Est du pays, qui se trouvent être sur la même longueur d’ondes que nous. Nous formons un quatuor parfait, et je dois dire que cela nous fait du bien à tout les quatre!

Après Tolú et l’île de Mucura, nous redescendons la côte en direction du Panama. Nous passons quatre jours à Coveñas avant d’atteindre la petite ville de Necoclí.

Situé dans le département d’Antioquia, Necoclí est un village de pêcheur très paisible. Il y règne une douce atmosphère avec sa plage de sable noir, ses palmiers qui longent le littoral et sa petite place principale. Il ne me semble pas avoir croisé beaucoup d’étrangers. Peut-être avons-nous aperçus un ou deux couples de backapackers. La ville est donc encore peu connue du tourisme de masse! L’authenticité. Voilà ce que nous y  avons trouvé.

Pourquoi se rendre à Necoclí?

Dans un premier temps pour découvrir un village aux couleurs de la Colombie, avec sa simplicité, ses gens chaleureux et accueillant, et ses paysages déconcertants. Lorsqu’on arrive à Necoclí on découvre le vrai visage du pays, on prend le temps de comprendre le rythme de vie des locaux, et surtout, et on se laisse porter.

C’est aussi le lieu idéal pour se rendre à Capurgana, l’une des dernières villes avant d’atteindre le Panama. Puisqu’il est impossible de s’y rendre par voie terrestre, nous réservons un bateau.

·Infos pratiques·

Necoclí – Capurgana
1h30 de bateau
70 000 COP / pers l’aller

Le départ se fait entre 7h30 et 8h30. Prévoir un sac poubelle pour protéger les sacs car ça mouille une fois en mer. Le bateau ressemble plus à une barque qu’autre chose! Une fois en mer, c’est le bordel, reggeaton à fond dans les vagues de 2m de haut. Mais on aime ça et on se marre comme des gosses.

Où dormir à Necoclí?

Hotel Palma Real Necoclí
58 000 COP / chambre double

•Capurgana•

 

Après cette traversée quelque peu turbulente, nous posons enfin le pied à terre. Les paysages sont très différents de ce que nous avions pu voir auparavant. Nous nous rapprochons clairement de l’Amérique centrale, l’air est bien plus humide et donc la faune et la flore bien plus riches. Il y a des airs de jungle perdue ici. Et d’ailleurs, perdus nous le sommes, puisqu’à part le bateau, il n’y aucun moyen de quitter le village.

Pas de routes nous explique t’on. Et nous apprendrons un peu plus tard qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de relief et d’infrastructure. Non non. C’est une question bien plus politique que cela.

Capurgana est surveillée par la police municipale et les para-militaires. Ces derniers assurent la sécurité du territoire afin d’éviter tout débordements qui pourraient remonter aux oreilles du gouvernement. Autrement dit, la police est là pour faire bonne figure et les paras pour faire régner l’ordre.

Mais pourquoi donc? 

Pour la simple et bonne raison qu’ils contrôlent la zone, avec ses entrées et ses sorties, ses trafics et son commerce. Pour résumer, les « para militaires » sont des narcotraficants qui ont tout intérêt à conserver une belle image de Capurgana si ils souhaitent veiller sur leur marché tranquillement, sans attirer les soupçons du gouvernement. Astucieux.

Ceci explique donc pourquoi la ville est extrêmement calme et paisible. La propriétaire de notre auberge nous apprendra que c’est la raison pour laquelle tout le monde se tient à sa place. Trois fautes et on t’élimine. Simple comme bonjour!

Ou dormir à Capurgana?

Nous dégotons un petit coin de paradis. Nous avons passé trois nuits à l’auberge La Bohemia, qui se trouve à 5min à pieds du centre ville, et à 1min de la mer. 

Palmiers, bananiers, hamacs, douche extérieure, nous avons adoré cette cabane améliorée. Pas d’internet, de l’eau une fois sur deux, des coupures d’électricité de temps à autres, La Bohemia a vraiment des airs de bout du monde.

On s’occupe comme au bon vieux temps, avec des jeux de cartes, des discussions interminables sur la vie, une bière à la main et un avocat dans l’autre. On était bien. Vraiment.

Et puis quand vient la nuit on découvre un autre petit monde, avec ses bruits étranges, ses grenouilles qui se frayent un chemin au coin de la chambre, ses araignées quelque peu effrayantes et ses odeurs de feux de bois.

Vraiment, on était bien à Capurgana.

Que faire à Capurgana? 

Les paysages sont magnifiques et Capurgana offre donc la possibilité d’effectuer de très jolies randonnées et ballades. Entre le ciel, la jungle et la mer, nous en prenons plein la vue.

Après un café et un croissant au jambon fromage, direction Sapzurro, le véritable dernier village avant la frontière. Nous avions initialement prévu de nous rendre à La Miel, première ville du Panama, mais on nous le déconseille le matin même. La mer étant très agitée à cause de la pleine lune, la plage est jonchée de détritus. Se sera donc un arrêt pour Sapzurro.

Une marche de 1h30 nous attend. N’ayant strictement rien fait à part barboter dans les Caraïbes et boire des bières depuis deux semaines, mes jambes peinent à grimper. La montagne est un peu ardue, mais on s’accroche.

Après une petite heure de marche, on s’enfonce peu à peu dans la fôret. Quand t’es en Dordogne tu croises des écureuils, ici tu vois des singes, des toucans et des araignées. Très grosses, je tiens à préciser. Une petite veille nous apprendra d’ailleurs que ces grandes faucheuses vertes et jaunes sont soit dit en passant mortelles. Sympa.

Et puis soudain, un cri. Un énorme rugissement. On se regarde, et là on prend quand meme consciences qu’on est au fin fond de la fôret entre le Panama et la Colombie. C’est quoi ce truc ? Et puis ça se répète. On dirait un cochon qui se fait égorgé, mais on trois fois plus puissants. J’avoue, je flippe. Et surtout, je comprends pas pourquoi mes trois compères ne paniquent pas !! Mais les gars, vous trouvez ça normal vous?!

Et puis ce rugissement nous poursuivra tout au long de la randonnée, jusqu’à notre arrivée sur la plage, et donc au village de Sapzurro. Intrigués, nous demanderons donc à la petite vielle d’où provenaient ces horribles cris. Et bien, des singes. Des singes aussi gros que des gorilles parait-il … Rassurée …

Nous avons passé le reste de la journée à déambuler dans le petit village , manger des empanadas, et profiter de la plage.

Nous avons effectuer le retour en lancha pour 10 000 COP/pers.

Petits conseils ?

Si vous souhaitez vous rendre à Capurgana, je vous conseille le blog de Samuel. Une véritable petite trouvaille pour obtenir toutes les informations nécessaires.

En tout cas nous on aura beaucoup aimé cette ville et ses environs. On se croirait presque sur une île. Une véritable déconnexion qui permet d’apprécier les choses à leur juste valeur.

Nous avons vécu une rencontre déconcertante et très intense émotionnellement parlant. En nous promenant sur la plage nous avons rencontré deux congolais qui viennent de fuir leur pays à cause de la guerre et de la situation politique. Après plusieurs minutes de discussion, nous apprenons qu’ils sont une quinzaine à vivre dans une petite maison de la ville depuis plusieurs jours. Après avoir tenté de passer la frontière, ils ont été pillés et maltraités dans la jungle. Cette rencontre nous bouleverse. Que pouvons nous faire à notre petite échelle ?

Le lendemain soir, la propriétaire de La Bohemia, très touchée également par ces personnes et leurs conditions inacceptables, décide d’organiser une soirée en leur faveur. Nous sommes ravis de pouvoir y participer et de pouvoir passer un peu plus de temps en leur compagnie. Un véritable moment de partage entre les voyageurs, les locaux, et ces migrants, qui je l’espère, leur aura permis d’oublier l’espace d’une minute leur combat.

Les benefices de la soirée leur sont revenus. Le lendemain nous sommes revenues les voir afin d’apporter une autre petite contribution. Nous avons sincèrement été retourné par cette histoire.

Nous avions oublié ce que peut invoquer le fait de se rendre dans une ville frontalière. Et la vie nous l’a rappelé. Tout ceci aura impacté notre voyage et notre façon d’en profiter.

Nous repartons le coeur lourd.

Capurgana tu auras changé. Capurgana tu nous auras marqué.

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Comments (8)

  1. Du début à la fin on s’accroche à ton article …Je comprend que Capurgana vous aura marqué à vie . Au delà des beaux payasages et des jolies rando ce petit village est une belle leçon de vie ,Rien qu’a Traver cette lecture ça nous fait réfléchir … as tu pris des photos des animaux dans la jungle ?!

    1. Merci beaucoup Sophie!

      C’est vrai que ces trois jours resteront pour longtemps dans un coin de notre tête. Très intense émotionnellement parlant …
      Quant aux animaux de la jungle, j’étais hélas bien trop occupée à regarder où je mettais les pieds pour prendre des photos!
      Dommage car nous avons effectivement vu de belles petites bêtes 😉

  2. Par ton article tu nous fais voyager avec vous , vous avez l’air de vraiment vous plaire c’est très jolie en espérant que vous allez bien j’attend avec impatience la prochaine vidéo et ton prochain article gros bisous à vous ❤️

    1. Merci Damien !!

      Je suis toujours ravie de partager toutes ces belles choses avec vous et de lire vos retours.
      La Colombie est un pays magnifique, très diversifié. Et cela c’est confirmé une fois de plus avec ces quatre jours à Capurgana.

      A bientôt !

  3. Ton récit m’a vraiment touché. Et à votre niveau vous avez sûrement égayé pour quelques heures la vie de ces migrants. Contraste avec cette rencontre émouvante et le descriptif idyllique de ce petit paradis perdu.

    1. Je te remercie Vero pour ce commentaire qui me touche sincèrement.

      C’est vrai que c’était très déroutant de se retrouver confronter à cette situation dans un lieu pareil! Mais j’imagine que c’est en parti, ce qui a rendu la rencontre encore plus émouvante.
      Une chose est sur: cela nous aura fait voyager différemment, du moins à Capurgana!

  4. Ce récit m’a beaucoup touché et je n’ai pas décroché du début à la fin… Capurgana …
    Merci de nous faire vivre tout cela ma Lolo, ça fait tellement de bien…
    Je t’embrasse